—Voici pourquoi; il paraît que les deux prisonniers espagnols arrêtés il y a quelques jours au Cabildo, et dont le procès s'instruit en ce moment, vous ont chargé dans leurs dépositions, en assurant que vous connaissiez entièrement leurs projets; bref, que vous étiez un de leurs complices.

—Moi! s'écria le jeune homme en bondissant avec colère.

—Vous, répondit froidement le diplomate; alors il fut question de vous arrêter, l'ordre était signé déjà, lorsque, ne voulant pas vous laisser fusiller, j'intervins dans la discussion.

—Je vous en remercie.

—Vous savez combien je vous aime, je pris chaudement votre défense jusqu'à ce que, forcé dans mes derniers retranchements et voyant que votre perte était résolue, je ne trouvai pas d'autre expédient pour faire aux yeux de tous éclater votre innocence, que de vous proposer pour émissaire auprès du général San Martín, assurant que vous seriez heureux de donner ce gage de votre dévouement à la révolution.

—Mais c'est un horrible guet-apens! s'écria le jeune homme avec désespoir, je suis dans une impasse.

—Hélas! Oui, vous m'en voyez navré; pendu par les Espagnols, s'ils vous prennent, mais ils ne vous prendront pas, ou fusillé par les Buenos-Airiens si vous refusez de leur servir d'émissaire.

—C'est épouvantable, fit le jeune homme avec abattement, jamais un honnête homme ne s'est trouvé dans une aussi cruelle alternative.

—A quel parti vous arrêtez-vous?

—Ai-je le choix?