Une pirogue, échouée sur le sable à quelques pas de là, semblait les attendre.

Tyro se dirigea effectivement vers elle; il la mit à flot, y fit entrer son maître, y entra à son tour, puis, prenant les pagayes, il la lança dans le courant.

—Nous arriverons plus vite ainsi, dit-il: par ce moyen, je vous déposerai à quelques pas seulement de l'endroit où vous vous rendez.

Le peintre fit un signe d'assentiment et ils continuèrent leur route.

L'idée de l'Indien était excellente, en ce sens que, non seulement ce moyen de locomotion, fort rapide, raccourcissait extrêmement le trajet qu'il fallait faire, mais il avait en outre l'avantage de supprimer l'espionnage, toujours à redouter, en entrant dans la ville et en traversant des rues remplies de monde.

Bientôt l'avant de la pirogue cria sur le sable de la rive; ils étaient arrivés. Le Français descendit à terre.

—Bonne chance! murmura Tyro en reprenant le large.

Malgré lui, en se trouvant de nouveau au milieu d'une ville où il se savait poursuivi comme un criminel et traqué presque comme une bête fauve, le jeune homme éprouva une légère émotion et sentit battre son cœur plus fort que de coutume.

Il comprit qu'il jouait sa tête sur un coup de dé, dans une entreprise que bien d'autres à sa place eussent considérée comme insensée, surtout dans la situation critique dans laquelle il se trouvait lui-même placé.

Mais Émile avait un cœur dévoué et intrépide, il avait promis aux deux dames de tout tenter pour leur venir en aide, et, malgré la juste appréhension qu'il éprouvait sur le résultat probable de son expédition, il n'eut pas un instant la pensée de manquer à sa parole.