En ce moment, un cri d'agonie traversa l'espace; bien qu'assez éloigné il avait une telle expression d'angoisse et de douleur que le peintre frémit malgré lui et se sentit soudain inondé d'une sueur froide.

—Oh! s'écria-t-il, c'est le cri d'un homme qu'on assassine. Que se passe-t-il? Mon Dieu!

Et il fit un mouvement pour s'élancer hors de la barque.

—Arrêtez, maître, dit Tyro, c'est inutile; les trahisons de Neño ne sont plus désormais à craindre.

—Que voulez-vous dire?

—Je veux dire, maître, que vos Gauchos ont commencé leur service; vous voyez que ce sont des hommes précieux. Allez rejoindre ces dames pendant que je ferai disparaître cette barque avec l'aide de ces dignes caballeros, que je vois accourir déjà de ce côté.

Le jeune homme se leva sans répondre et quitta la barque en chancelant comme un homme ivre.

—C'est affreux! murmura-t-il, et pourtant la mort de ce misérable sauve peut-être trois existences.

Il s'enfonça dans la galerie et rejoignit les dames, qui se tenaient tremblantes à côté l'une de l'autre, ne comprenant rien à l'absence prolongée du jeune homme et justement effrayées par le cri de mort dont le lugubre écho était parvenu jusqu'à elles.

La vue du Français les rassura.