—Qu'importe, j'ai préparé un relais.
—Un relais, nous sommes trop nombreux.
—Deux cents chevaux vous attendent.
—Deux cents chevaux! Miséricorde! Votre maître est donc bien riche?
—Lui? fit en riant l'Indien, il est pauvre comme Job! Mais ajouta-t-il avec intention, ses compagnons sont riches, et voilà douze jours que je prépare cette fuite, dans la prévision de ce qui arriverait aujourd'hui.
—Alors, s'écria le montonero avec une animation fébrile, en avant! En avant, compagnons! Dussent les chevaux en crever.
La course recommença rapide et fiévreuse.
Un peu avant le lever du soleil, on atteignit enfin le rancho; il était temps, les chevaux ne se tenaient plus debout que maintenus par la bride; ils butaient à chaque pas et plusieurs déjà s'étaient abattus pour ne plus se relever.
Leurs maîtres, avec cette insouciante philosophie qui caractérise les Gauchos, après les avoir débarrassés de la selle et s'en être chargés, les avaient abandonnés et suivaient tant bien que mal la cavalcade en courant.
Le rancho del Quemado n'était, en quelque sorte, qu'un vaste hangar auquel attenait un immense corral rempli de chevaux.