Celui-ci, tout en repoussant la gourde de la main, jeta un regard d'étonnement sur l'officier.
—Vous me refusez, demanda celui-ci; pour quel motif, chef? N'ai-je pas accepté, moi, ce que vous m'avez offert.
L'Indien secoua la tête à plusieurs reprises.
—Mon fils n'a pas l'habitude de fréquenter les Guaycurús, dit-il.
—Pourquoi cette question, chef?
—Parce que, répondit-il, s'il en était autrement, le jeune chef pâle saurait que les guerriers guaycurús ne boivent jamais cette boisson que les blancs nomment eau ardente et qui les rend fous; l'eau des sources que le grand Esprit Macunhan a semée à profusion dans le désert, suffit pour calmer leur soif.
—Excusez mon ignorance, chef, je n'avais nullement l'intention de vous blesser.
—Là où il n'y a pas d'intention, ainsi que le dit le visage pâle, répondit en souriant le vieux chef, l'injure ne saurait exister.
—Bien parlé, mon maître, reprit gaiement le jeune homme; j'aurais été peiné qu'une action inconsidérée de ma part eût troublé la bonne intelligence qui doit régner entre nous, d'autant plus que je désire vous adresser différentes questions, si toutefois vous n'y trouvez pas d'inconvénient.
Le repas était terminé. Les deux chefs avaient roulé du tabac dans des feuilles de palmier et fumaient; les officiers, eux, avaient tout simplement allumé des cigares.