—Cougouar, reprit-il au bout d'un instant, la nuit s'avance, nous n'avons plus rien à nous dire; avec votre permission, je vais me livrer au sommeil, je ne suis pas de granit comme vous, moi, je me sens horriblement fatigué, et j'ai besoin de prendre des forces pour la journée de demain qui, sans doute, sera rude.

—Dormez, Gueyma, et que le grand Esprit vous donne un sommeil calme.

—Merci, mon ami; mais vous, n'allez-vous pas vous livrer aussi au repos?

—Non, je dois veiller; d'ailleurs, j'ai l'intention de profiter des ténèbres pour tenter une reconnaissance aux environs du camp.

—Voulez-vous que je vous accompagne, mon ami? demanda vivement le jeune chef.

—C'est inutile, dormez; seul, je suffirai à la tâche que je me suis imposée.

—Faites donc à votre volonté, mon ami; je n'insiste pas.

Gueyma s'enveloppa alors avec soin dans son poncho, s'étendit commodément devant le feu, ferma les yeux, et, quelques minutes plus tard, il était plongé dans un profond et tranquille sommeil.

Le Cougouar n'avait pas changé de position; accroupi devant le feu, la tête penchée sur la poitrine, il réfléchissait.

L'Indien demeura ainsi pendant un laps de temps assez considérable dans une immobilité telle que, de loin, il ressemblait plutôt à une de ces idoles des Indes orientales qu'à un homme de chair et d'os.