—Et moi donc!

—Les deux hommes se serrèrent une dernière fois la main. Le Gaucho remonta à cheval et partit; bientôt il eut disparu dans l'obscurité.

Le Cougouar siffla son cheval, qui accourut à son appel, et il s'éloigna de son côté dans la direction du camp. Son cheval, remis par le repos qu'il avait pris pendant la conférence des deux hommes, semblait dévorer l'espace.

L'Indien réfléchissait; son visage ordinairement sombre avait une expression joyeuse qui ne lui était pas naturelle: il pressait le paquet que lui avait remis le Gaucho sur sa poitrine, comme s'il eût craint qu'on le lui enlevât, et, tout en galopant, il se parlait à lui-même et laissait parfois échapper des exclamations de plaisir qui auraient fort étonné les guerriers de sa tribu, s'ils les avaient entendues.

Il fit si grande diligence, qu'il rentra au camp près de deux heures avant le jour.

Après avoir remis son cheval avec les autres, il se coucha devant un feu, en ayant soin d'envelopper son précieux paquet dans son poncho et de le placer sous sa tête pour être certain qu'il ne lui serait pas enlevé; puis il ferma les yeux en murmurant à voix basse et entre ses dents:

—J'ai bien gagné deux ou trois heures de repos. D'ailleurs je crois que je dormirai bien, car maintenant je suis tranquille.

En effet, cinq minutes plus tard, il dormait comme s'il avait dû ne jamais s'éveiller.

Cependant, au lever au soleil, le Cougouar fut un des premiers éveillés et des premiers debout.

Gueyma, accroupi près de lui, attendait son réveil.