—Vous savez que je me laisse entièrement guider par vous, je crois même vous avoir donné des preuves d'une exemplaire docilité. Agissez donc à votre guise. Après l'entretien qui va avoir lieu, je serai probablement plus en état de connaître de quelle importance est pour moi cette démarche que, je vous l'avoue, je ne fais qu'à mon corps défendant, bien que, je vous le répète, je me sente attiré vers cet homme.
Le Cougouar ouvrit la bouche comme s'il voulait répondre, mais se ravisant presque aussitôt, il se détourna d'un mouvement brusque, et, après avoir une dernière fois exploré les environs d'un regard circulaire et s'être assuré que la solitude la plus complète continuait à régner autour d'eux, il imita à deux reprises le cri du condor.
Presque aussitôt un cri semblable sortit de la caverne.
Le vieillard s'approcha vivement de l'entrée et penchant légèrement le corps en avant tout en armant son fusil, afin d'être prêt à tout événement:
—Nous avons longtemps marché, la fatigue nous accable, dit-il, comme s'il s'adressait à son compagnon; reposons-nous quelques instants ici, cet endroit solitaire me semble sûr.
—Vous y serez reçu par de bons amis, répondit immédiatement une voix partant de l'intérieur de la caverne.
Un bruit de pas se fit entendre et un homme parut.
Le nouveau venu, revêtu du costume pittoresque des gauchos de la Banda Oriental, n'était autre que Zéno Cabral.
Gueyma remarqua, avec une surprise qu'il n'essaya pas de dissimuler, que le chef des montoneros n'avait pas d'armes, du moins apparentes.
—Soyez les bienvenus, dit-il en saluant avec une gracieuse courtoisie les deux chefs indiens, je vous attends déjà depuis assez longtemps; je suis heureux de vous voir.