—Allons donc, reprit le jeune homme avec mépris, sans armes? Et d'un geste plein de noblesse il jeta un pistolet aux pieds du partisan, en même temps qu'il abandonnait son fusil et saisissant son second pistolet à sa ceinture. Par Dieu! La défaite est bonne; si vous êtes aussi brave que vous le prétendez, voici une arme, faites-moi raison. Vous imaginez-vous donc que j'aie jamais craint de me mesurer avec vous?

—Rayo de Dios! s'écria le partisan avec rage, vous en aurez la joie!

Et se précipitant sur le pistolet, il l'arma et le déchargea presque à bout portant sur le jeune homme.

C'en était fait de celui-ci; vu le peu de distance qui le séparait de son adversaire, rien n'aurait pu le sauver. Heureusement le partisan, aveuglé par la rage, n'avait pas calculé son coup: la balle, mal dirigée, au lieu de frapper le Français en plein corps, ne lui fit qu'une légère éraflure dans le bras et se perdit inoffensive.

—Votre vie m'appartient, dit froidement le jeune homme en armant à son tour son pistolet.

—Cassez-moi donc la tête, ¡caray! s'écria don Pablo; tirez, au nom du diable! Et que tout soit fini.

—Non pas, repartit le jeune peintre sans s'émouvoir, il est bon que vous puissiez juger de la différence qui existe entre un homme de votre sorte et un de la mienne.

—Ce qui veut dire? balbutia le partisan, que la rage étranglait.

—Que je vous fais grâce! dit Émile.

—Grâce, avez-vous dit, grâce! s'écria-t-il avec un rugissement de tigre, à moi!