Il fit alors un crochet sur la droite et gagna l'extrémité ouest de la plate-forme.

—Voyez, dit-il.

Le peintre regarda.

Un escalier taillé dans le roc vif descendait en pente douce à une certaine profondeur sur les flancs de la montagne et allait se perdre dans un épais fourré d'arbres de haute futaie.

—Le hasard, il y a bien longtemps déjà, reprit don Pablo, m'a révélé ce passage à une époque où je croyais ne devoir jamais l'utiliser; aujourd'hui il m'est fort utile pour entrer et sortir du camp sans être vu; mais ne demeurons pas plus longtemps ici, venez.

Don Pablo, avec une confiance qui eût été une insigne folie avec un autre homme que le peintre, passa alors le premier et commença à descendre sans même tourner la tête pour voir si son compagnon le suivait.

Rien n'eût été plus facile que de faire perdre l'équilibre au partisan en le poussant légèrement, comme par hasard, et de lui briser le crâne contre les rochers; le pensée n'en vint même pas au peintre, malgré la haine qui grondait dans son cœur contre cet homme, haine avivée encore par leur récente querelle; il suivit son ennemi dans cette hasardeuse descente, aussi paisiblement que s'il avait fait une promenade d'agrément avec un ami intime.

Du reste, il ne leur fallut que quelques minutes pour atteindre le bas de la montagne et mettre le pied dans la vallée.

—Nous voici rendus, dit alors don Pablo; nous devons nous séparer ici; allez à vos affaires, tandis que moi j'irai aux miennes.

Ils se trouvaient effectivement au milieu du camp, à quelques pas à peine du toldo du chef.