Tout brutal et tout bourru qu'était don Santiago, il semblait avoir conservé au peintre une certaine reconnaissance de ce service, et, en plusieurs circonstances, il lui avait témoigné un léger intérêt; c'était grâce à son influence qu'il était traité avec considération dans le camp des partisans, et à peu près libre d'agir à sa guise sans être en butte aux grossières tracasseries des bandits de cette troupe indisciplinée.

—Je vois avec plaisir que vous n'engendrez pas la mélancolie parmi nous, seigneur français, lui dit-il en lui tendant la main. Tant mieux, ¡vive Dios! Le chagrin tuerait un chat, comme nous avons coutume de dire.

—Vous voyez que je me forme, répondit Émile en lui pressant la main; pour répondre à votre proverbe par un autre, je vous dirai que chose sans remède, mieux vaut l'oublier; qui me procure l'avantage de votre visite, cher seigneur?

—Le désir de vous voir d'abord, puis ensuite un message de mon frère don Pablo Pincheyra.

—Croyez que je suis sensible, comme je le dois, à cette preuve de courtoisie, cher seigneur, fit le jeune homme en s'inclinant et avec politesse; et ce message, que par votre entremise me fait l'honneur de m'adresser S. ESC. le colonel don Pablo Pincheyra, est important sans doute?

—Vous en jugerez mieux que moi, señor: mon frère réclame votre présence à l'entrevue qui va immédiatement avoir lieu avec des officiers espagnols arrivés, il y a environ une heure, au quartier général.

—Je suis fort honoré que Son Excellence ait daigné songer à moi; je me rendrai au conseil dès que j'en aurai reçu l'ordre.

—Cet ordre, je vous l'apporte, seigneur français, et s'il vous plaît de me suivre, je vous accompagnerai au lieu choisi pour l'entrevue, qui est tout simplement la salle du conseil dans le toldo même de mon frère.

—Fort bien, seigneur don Santiago, je suis prêt à vous suivre.

—Alors, nous partirons tout de suite; car on n'attend plus que vous.