Un cabo ou caporal se tenait près de la porte et remplissait les fonctions d'huissier et d'introducteur.

—Enfin, s'écria don Pablo en apercevant le Français, je commençais à craindre que vous ne vinssiez pas.

—Nous avons éprouvé des difficultés infinies pour arriver jusqu'ici, répondit don Santiago en allant prendre la place qui lui était réservée.

—Vous voilà, tout est pour le mieux, señor Francés, placez-vous là, près de mon secrétaire. Cabo Méndez, apportez un siège à ce caballero.

Le jeune homme salua silencieusement, et ainsi qu'il en avait reçu l'ordre, il s'assit auprès du secrétaire, qui inclina la tête de son côté en lui jetant un regard voilé en guise de salut.

—Maintenant, caballeros, reprit don Pablo en s'adressant à tous les assistants, n'oubliez pas que des représentants de Sa Majesté très sacrée le roi notre souverain vont paraître devant nous; agissons avec eux comme de véritables caballeros que nous sommes et prouvons-leur que nous ne sommes pas aussi sauvages qu'ils sont peut-être disposés à le supposer.

Les officiers répondirent par un salut respectueux, se redressèrent et jetèrent leurs cigarettes.

D'un regard circulaire, don Pablo s'assura que ses ordres avaient été exécutés et que ses officiers avaient pris des poses plus convenables que celles qu'ils affectaient auparavant; puis se tournant vers le caporal, immobile à la porte, sur la serrure de laquelle sa main était posée:

—Cabo Méndez, lui dit-il, introduisez en notre présence les représentants de S. M. Catholique le roi des Espagnes et des Indes.

Le caporal ouvrit la porte à deux battants et les personnages attendus et qui se tenaient dans une pièce attenante firent leur entrée dans la salle d'un pas grave et mesuré, après que le caporal eut répété d'une voix claire et d'un ton emphatique les dernières paroles prononcées par don Pablo Pincheyra.