Le Français, habitué à voyager dans ces contrées, n'avait que fort peu de bagages: il n'emportait jamais avec lui que les choses les plus indispensables.

Une demi-heure plus tard, la caravane se mettait en marche au petit pas, accompagnée par don Santiago qui la suivait à pied en fumant sa cigarette et causant amicalement avec le jeune homme.

Ainsi que l'avait dit le montonero, une dizaine de cavaliers attendaient aux retranchements.

Le Pincheyra enfourcha sa monture, donna l'ordre au départ, les gardiens ouvrirent la barrière et la petite troupe quitta le camp en bon ordre.

[Renvoi 1]Un coup d'eau de vie.


[XIX]

DANS LA MONTAGNE

Il était à peu près trois heures de l'après-midi, au moment où Émile Gagnepain quittait le camp, malgré l'escorte assez suspecte dont il était accompagné; ce fut cependant avec un soupir de satisfaction que le jeune homme se vit enfin dehors de ce repaire de bandits, dont il avait un instant craint de ne plus sortir.

La route que suivait la petite caravane était des plus pittoresques et des plus accidentées; un sentier étroit serpentait sur le flanc des montagnes côtoyant presque continuellement des précipices insondables, du fond desquels s'élevaient les murmures mystérieux produits par des eaux invisibles; parfois un pont formé par deux troncs d'arbres jetés en travers d'une quebrada qui interrompait tout à coup la route était franchi, comme en se jouant, par les chevaux et les mules accoutumés de longue date à marcher par des chemins bien plus périlleux encore.