—Je le désire du moins, señora; malheureusement les temps ne sont pas favorables pour un pauvre artiste comme moi.
—C'est vrai, reprit-elle avec intérêt. Eh bien! Nous tâcherons de vous procurer quelques élèves.
—Mille grâces pour tant de bonté, señora, répondit-il humblement.
—Vous m'intéressez réellement, et pour vous prouver combien j'ai à cœur de vous venir en aide, cette jeune dame voudra bien, à ma considération, prendre aujourd'hui même leçon avec vous, fit-elle en étendant le bras vers doña Eva.
—Je suis aux ordres de la señorita comme aux vôtres, señora, répondit le vieillard avec un salut respectueux.
—Eh bien! C'est convenu, dit l'abbesse, et, se tournant vers la tourière toujours immobile au milieu de la cellule, ma chère sœur, ajouta-t-elle avec un gracieux sourire, veuillez, je vous prie, faire apporter quelques rafraîchissements et quelques dulces. Vous reviendrez dans une heure pour accompagner ce señor jusqu'à la porte du couvent. Allez.
La tourière s'inclina d'un air rogue, se retourna tout d'une pièce, et sortit de la cellule après avoir jeté un regard sournois autour d'elle.
Il y eut un silence de deux ou trois minutes, au bout desquelles l'abbesse se leva doucement, s'avança vers la porte sur la pointe du pied, et l'ouvrit si brusquement que la tourière, dont l'œil était collé au trou de la serrure, demeura confuse et rougissante d'être ainsi surprise en flagrant délit d'espionnage.
—Ah! Vous êtes encore là, ma chère sœur! dit l'abbesse sans paraître remarquer le désarroi de la vieille femme; j'en suis heureuse: j'avais oublié de vous prier de m'apporter, lorsque vous reviendrez pour reconduire ce señor, mon livre d'heures que j'ai, ce matin,
laissé par mégarde au chœur, dans ma stalle.