Après avoir refermé avec soin le tiroir, elle présenta la bourse au jeune homme.

—Il y a là deux cent cinquante once[1] en or, dit-elle, j'espère que cette somme suffira; cependant, si elle était insuffisante, avertissez-moi, j'en mettrai immédiatement une plus forte encore à votre disposition.

—Oh! Oh! Madame, j'espère non seulement que cela suffira, mais encore que j'aurai à vous remettre une partie de cette somme, répondit-il en prenant respectueusement la bourse et la plaçant avec soin dans sa ceinture; j'ai, à présent, une restitution à vous faire.

—A moi, monsieur?

—Oui, madame, fit-il en retirant l'anneau, qu'il avait passé à son petit doigt, cette bague.

—C'est moi, qui l'avais enveloppée dans la lettre, dit vivement la jeune fille avec une étourderie charmante.

Le jeune homme s'inclina tout interdit.

—Gardez cette bague, monsieur, répondit en souriant la marquise; ma fille serait désolée de vous la reprendre.

—Oh! Oui! fit-elle toute rougissante.

—Je la garderai donc, dit-il, avec une joie secrète, et changeant subitement de conversation, je ne viendrai plus qu'une fois, mesdames, dit-il, afin de ne pas éveiller les soupçons; ce sera pour vous avertir que tout est prêt; seulement, tous les jours, à la même heure, je passerai devant cette maison; lorsque le soir, au retour de ma promenade, vous me verrez tenir une fleur de suchil à la main ou une rose blanche, ce sera un indice que nos affaires vont bien; si, au contraire, j'ôte mon chapeau et je fais le geste de m'essuyer le