Priez ce seigneur d'entrer, il est le bienvenu, répondit l'abbesse.
La tourière s'effaça, le général entra, puis, sur un geste de la supérieure, la tourière se retira en refermant la porte derrière elle.
La supérieure était seule assise dans son grand fauteuil abbatial; elle tenait ouvert à la main un livre d'heures qu'elle semblait lire.
A l'entrée du jeune homme, elle inclina légèrement la tête et d'un geste lui indiqua un siège.
—Pardonnez-moi, madame, dit-il en la saluant respectueusement, de venir troubler d'une façon aussi malencontreuse vos pieuses méditations.
—Vous êtes, dites-vous, señor caballero, envoyé vers moi par le gouverneur de la ville; en cette qualité, mon devoir est de vous recevoir à quelque heure qu'il vous plaise de venir, reprit-elle d'un ton de froide politesse. Vous n'avez donc pas d'excuses à me faire, mais seulement à m'expliquer le sujet de cette mission dont le motif m'échappe.
—Je vais avoir l'honneur de m'expliquer, ainsi que vous m'y engagez si gracieusement, madame, répondit-il avec un sourire contraint, en prenant le siège qui lui était désigné.
La conversation avait commencé sur un ton de politesse aigre-doux qui établissait complètement la situation dans laquelle chacun des deux interlocuteurs voulait demeurer vis-à-vis de l'autre, pendant toute la durée de l'entretien.
Il y eut un silence de deux ou trois minutes: le montonero tournait, retournait son chapeau entre ses mains d'un air dépité; l'abbesse, tout en feignant de lire attentivement le livre qu'elle n'avait pas quitté, jetait à la dérobée des regards railleurs sur l'officier.
Ce fut lui qui, comprenant combien son silence pouvait paraître singulier, reprit la parole avec une aisance trop soulignée pour être naturelle.