Le montonero s'inclina silencieusement, fit quelques pas vers la porte, s'arrêta, se retourna à demi comme s'il voulait parler, mais, se ravisant, il salua une dernière fois et sortit.
La marquise demeura un instant immobile, puis se tournant vers l'abbesse et lui tendant les bras:
—Et maintenant, mon amie, lui dit-elle avec des larmes dans la voix, croyez-vous encore que le marquis de Castelmelhor soit coupable des crimes affreux dont cet homme l'accuse.
—Oh! Non, non, mon amie! s'écria la supérieure en se laissant aller, en fondant en larmes, dans les bras qui s'ouvraient pour la recevoir.
[V]
LES PRÉPARATIFS DE TYRO
La rencontre faite par le peintre à sa sortie du couvent, l'avait frappé d'un triste pressentiment au sujet de ses protégées.
Sans se rendre bien clairement compte des sentiments qu'il éprouvait pour elles, cependant, malheureux lui-même, il se sentait malgré lui entraîné à aider et à secourir de tout son pouvoir des femmes qui, sans le connaître, étaient venues si franchement réclamer sa protection.
Son amour propre, comme homme d'abord, et ensuite comme Français, était flatté du rôle qu'il se trouvait ainsi appelé à jouer à l'improviste dans cette sombre et mystérieuse affaire dont, malgré les confidences de la marquise, il se doutait bien qu'on ne lui avait pas révélé le dernier mot.