—Voyez comme vous êtes injuste, mon cher général, reprit enfin le duc, c'est justement cet amour de don Zéno pour la fille de la marquise de Castelmelhor, amour que vous avez si vertement qualifié, qui vous fournira ces moyens que vous cherchez sans réussir à les trouver.

—Je ne vous comprends pas le moins du monde; quel rapport peut-il y avoir entre...

—Patience, interrompit le diplomate. Que désirez-vous d'abord? L'éloignement immédiat de don Zéno Cabral, qui, aimé et respecté de tous comme il l'est, pourrait par sa présence influencer les votes des députés qui se réunissent en ce moment en cette ville pour proclamer l'indépendance et peut-être élire un président; n'est-ce pas cela?

—En effet, mais don Zéno ne consentira sous aucun prétexte à s'éloigner.

Le diplomate ricana doucement en jetant un regard de pitié à son interlocuteur.

—Général, lui dit-il, avez-vous quelquefois été amoureux dans votre vie?

—Moi! s'écria don Eusebio avec un bond de surprise. Ah çà, vous vous moquez de moi, mon cher duc?

—Pas le moins du monde, répondit-il paisiblement.

—Au diable la question saugrenue! Quand nous traitons une affaire sérieuse.

—Pas aussi saugrenue que vous le supposez, général; je ne m'éloigne en aucune façon de notre affaire. Ainsi, je vous en prie, faites-moi le plaisir de me répondre clairement et catégoriquement. Avez-vous été oui ou non amoureux?