—Alors, comment se fait-il que vous reveniez sans ces deux hommes?

—D'abord, ils n'étaient plus deux, mon général; il paraît qu'ils avaient recruté un compagnon en route: j'en ai vu trois, moi.

Il y eut un instant de silence pendant lequel le Français et les deux créoles échangèrent un regard.

—Peu importe, deux ou trois! reprit don Zéno. Comment se fait-il, capitaine, que les ayant rejoints vous les ayez laissé échapper?

—Mon général, voici, en deux mots, l'affaire. Au moment où je me préparais à les prendre au collet, car je n'en étais plus qu'à portée de pistolet à peine, deux ou trois cents cavaliers sont à l'improviste sortis d'un petit bois et nous ont chargés avec fureur; comme je n'avais avec moi que huit hommes, j'ai jugé prudent de ne pas attendre le choc de ces ennemis que j'étais loin de soupçonner aussi près de moi, et je me suis mis aussitôt en retraite avec mes compagnons.

—Oh! Oh! Que dites-vous donc là? s'écria don Zéno, auriez-vous eu peur, par hasard, capitaine?

—Ma foi oui, général; j'ai eu peur, et grandement même, répondit franchement l'officier, surtout quand j'ai reconnu à quelle sorte de gens j'avais affaire.

—Qu'avaient-ils donc de si terrible?

—Je suis revenu exprès à franc étrier pour vous en instruire, général; car, tout en fuyant, j'ai eu parfaitement le temps de les dévisager.

—Et ce sont? demanda le gouverneur avec impatience.