—Aux armes! Aux armes!
A ces hurlements, à ces flammes sanglantes qui projetaient des lueurs sinistres sur les murailles, les citoyens sortaient en toute hâte de leurs maisons, les femmes et les enfants pleuraient et se lamentaient; bref, la panique était devenue, en quelques instants si générale, que les deux officiers, qui savaient cependant la vérité, en furent effrayés eux-mêmes et se demandèrent si le mal n'était pas en effet plus grand qu'ils ne le supposaient.
Ils montèrent sur les chevaux que leurs assistants leur tenaient tout prêts à la porte de la maison du duc et ils s'élancèrent à toute bride vers le Cabildo.
Malgré l'heure avancée, il était plus de minuit, le Cabildo, au moment où le gouverneur et le montonero y pénétrèrent, était envahi par la foule et offrait un spectacle de désordre et d'épouvante non moins animé et non moins bruyant que celui qu'ils avaient eu sous les yeux en traversant la Plaza Mayor.
Les deux officiers furent reçus par des cris de joie et des protestations de dévouement que la peur seule pouvait inspirer à la plupart des assistants.
Le gouverneur éprouva une peine infinie à rétablir un peu d'ordre et à se faire écouter par ces hommes rendus presque insensibles par la terreur.
Mais ce fut en vain qu'il essaya de les rassurer en leur racontant simplement ce qui s'était passé; on ne voulut pas le croire, et il ne réussit à convaincre personne que le danger qu'ils redoutaient si fort n'existait pas.
Le tocsin sonnait à toutes les églises, des barricades se construisaient à l'angle de toutes les rues, que parcouraient incessamment des patrouilles de bourgeois armés, tandis que d'autres bivouaquaient sur la place.
La ville offrait en ce moment l'aspect d'un vaste camp; il ne fallait pas essayer de résister au torrent, le gouverneur le comprit, et désespérant de rétablir la sécurité par les voies ordinaires, il feignit de se rendre aux raisonnements des personnes qui l'entouraient et essaya d'organiser la panique en donnant des ordres pour la défense de la cité et expédiant des aides de camp dans toutes les directions.
Don Zéno, après avoir échangé quelques mots à voix basse avec le gouverneur, au lieu de monter au Cabildo, avait piqué des deux et s'était éloigné à fond de train, suivi par le capitaine Quiroga.