Don Zéno Cabral, parti depuis plus de quatre heures pour battre l'estrade, n'était pas encore de retour. Don Eusebio ne savait que penser de cette longue absence qui commençait sérieusement à l'inquiéter.

Plusieurs aides de camp dépêchés par lui à la rencontre du montonero, étaient revenus sans apporter de nouvelles ni de lui ni de son détachement.

Sur ces entrefaites, un officier entra, se pencha à l'oreille du gouverneur et murmura quelques mots que lui seul entendit.

Don Eusebio tressaillit, il pâlit légèrement, mais se remettant aussitôt:

—Capitaine, dit-il à l'officier, faites sonner le boute-selle, que toute la cuadrilla de don Zéno Cabral monte à cheval, nous allons pousser une reconnaissance hors la ville, afin de rassurer la population en lui prouvant que le danger n'existe plus.

L'ordre fut immédiatement exécuté, et la montonera sortit de la ville au petit pas.

Le général don Eusebio Moratín, monté sur un magnifique cheval noir, et vêtu d'un uniforme tout couvert de broderies d'or, s'avançait à sa tête.

La foule, éparse dans toutes les rues, saluait le passage des partisans de ses chaleureuses acclamations.

La montonera semblait bien plutôt exécuter une promenade militaire que partir pour tenter une reconnaissance.

Dès que la troupe fut en rase campagne, et qu'un pli de terrain l'eut dérobée aux regards des habitants, le général fit sonner la halte, plaça les sentinelles et ordonna aux officiers de le venir trouver sur le tertre, au sommet duquel lui-même s'était arrêté à cent pas à peu près en avant de la cuadrilla.