Le brave Jacques n’avait pas de fausse honte. Il était ignorant, à la vérité, mais comme cela n’était pas de sa faute, il n’avait pas à en rougir devant son ami. D’ailleurs il avait la sérieuse intention de s’instruire, et c’était justement pour s’entendre à ce sujet avec Michel qu’il avait tout exprès fait le voyage de Lyon. La démarche était louable sous tous les rapports et il s’en expliqua en quelques mots nettement et franchement.

— A la bonne heure ! lui dit Michel Sauvage, en lui serrant la main ; voilà qui est parlé ! Cette résolution est des plus honorables. Tu comprends et tu vois que ton manque de savoir t’arrête à chaque pas quand il s’agit d’améliorations à opérer. Tu veux t’instruire, tu as raison, mon ami ! C’est là une excellente pensée !

— Merci ! mais crois-tu que je réussirai ? demanda le fermier avec hésitation. C’est bien difficile, n’est-ce pas ?

— Non ! Pour toi, ce sera très facile au contraire ; c’est une affaire d’un ou deux mois à peine. De plus, tu t’instruiras sans, pour ainsi dire, y penser.

Jacques Chrétien hocha la tête d’un air de doute.

— Laisse-moi terminer, dit vivement son ami. Ce point n’est pas discutable. Ton seul tort, et tu ne pouvais l’éviter, c’est d’employer les mêmes moyens d’exploitation que ceux dont, il y a cent ans, se servaient les cultivateurs nos pères, moyens primitifs, longs, inefficaces et surtout dispendieux, à cause de la main-d’œuvre qui te coûte le plus clair de tes bénéfices.

— C’est vrai ! malheureusement, vrai à la lettre !

— Ce qui prouve que tu es intelligent, c’est que tu as compris la cause du mal, et que tu as cherché en t’instruisant à y porter remède. Tu vas acheter quelques livres qui te mettront au courant des progrès accomplis dans l’agriculture, et en deux mois je réponds que tu auras comblé cette lacune dans ton esprit.

Quelques mois plus tard, ainsi que l’avait prédit Michel Sauvage, la métamorphose était complète. A force de volonté, de ténacité et de courage, Jacques était devenu un autre homme. Pour couronner sa bonne action, le fabricant, sans en rien dire à son ami, lui fit cadeau de tous les nouveaux engins qu’il avait appris à utiliser, mais qu’il n’était pas encore assez riche pour acquérir en une seule fois.

Un beau matin tous ces outils arrivèrent à la ferme dans plusieurs charrettes. Ce fut avec un cri de reconnaissance et en versant des larmes de joie, que Jacques Chrétien ouvrit la lettre d’envoi que lui remit le charretier et dans laquelle son ami lui annonçait l’arrivée de ce cadeau.