Les deux chasseurs s'étaient attelés à la reata. Les forces réunies de leurs montures, aidées parle cheval lacé parvinrent à rompre le courant, et après une lutte de quelques minutes ils atteignirent enfin le rivage. Dès qu'ils furent relativement en sûreté, les Canadiens sautèrent à bas de leur selle et s'élancèrent vers le cheval de l'inconnu.

Aussitôt qu'elle avait senti la terre ferme sous ses pieds, la noble bête s'était arrêtée, semblant comprendre que si elle avançait elle briserait contre les pierres qui jonchaient le sol son maître, qui, bien que sans connaissance, tenait toujours serrée entre ses main crispées la bride qu'il n'avait pas lâchée. Les chasseurs coupèrent cette bride, soulevèrent entre leurs bras l'homme qu'ils avaient si miraculeusement sauvé, et le portèrent à quelques pas plus loin, sous un arbre au pied duquel ils le déposèrent doucement. Puis tous deux avidement penchés sur son corps, ils attendirent une lueur quelconque qui leur permit de le reconnaître.

—Oh! s'écria tout à coup Bon-Affût, en se redressant, avec une expression de douleur mêlée d'épouvante, don Miguel Ortega!


[XII.]

Don Stefano Cohecho.

Ainsi que nous l'avons rapporté plus haut, après avoir quitté Balle-Franche, don Stefano était retourné au camp des gambucinos, dans lequel il était parvenu à rentrer sans être aperçu.

Une fois dans l'intérieur du camp, le mexicain n'avait plus rien à redouter; il regagna le feu auprès duquel son cheval était attaché, caressa la noble bête qui avait tourné vers lui la tête et redressé les oreilles à son approche, puis il se coucha tranquillement, se roula dans ses couvertures et s'endormit avec cette placidité particulière aux consciences tranquilles.

Plusieurs heures s'écoulèrent, sans que nul bruit ne vint troubler le calme qui planait sur le camp.

Soudain, don Stefano, ouvrit les yeux; une main s'était doucement posée sur son épaule droite.