—Voilà justement ce que je n'ose vous avouer.
—Osez, osez, caballero; ne vous ai-je pas averti que vous aviez le droit de tout dire?
—Mon Dieu, c'est vous qui m'y forcez, dit-il d'une voix de plus en plus triste, figurez-vous que j'ai fait vœu à Nuestra Señora de los Ángeles de ne jamais, tout le temps que je serai en route pour ce voyage maudit, prendre de nourriture avant le soleil couché.
—Ah! fit don Miguel d'un accent peu convaincu; mais hier au soir, lorsque je vous ai offert à souper, le soleil était couché depuis longtemps déjà il me semble.
—Attendez donc, je n'ai pas fini.
—J'écoute.
—Et alors même, reprit le Mexicain, de ne manger qu'une des tortillas de maïs que je porte avec moi dans mes alforjas, et que j'ai fait bénir par un prêtre avant mon départ de Santa Fe; vous voyez, tout cela doit vous paraître bien ridicule, mais nous sommes compatriote tous deux, nous avons du sang espagnol dans les veines, et au lieu de rire de ma sotte superstition vous me plaindrez.
—Cáspita! D'autant plus que vous vous êtes astreint à une rude pénitence. Je ne chercherai pas à vous faire renoncer à votre superstition, car moi aussi j'ai la mienne; je crois que le mieux est de ne pas revenir sur ce sujet.
—Vous ne m'en voulez pas, au moins?
—Moi! Pourquoi donc vous en voudrais-je?