En prononçant ces mots il leva le bras et appliqua un vigoureux coup de chicote (cravache) sur la croupe du cheval de don Stefano. Le barbe, peu habitué à de semblables traitements, partit comme un trait, malgré tous les efforts de son cavalier pour le retenir.

Don Miguel le suivit un instant des yeux, puis il retourna à son camp en riant a gorge déployée de la façon dont il avait terminé l'entretien.

—Allons, enfants! dit-il aux gambucinos, en route vivement, il nous faut arriver avant le coucher du soleil au gué del Rubio, ou le guide nous attend.

Une demi-heure plus tard, la caravane se mettait en marche.


[XIII.]

L'embuscade.

Aucun incident digne d'être rapporté ne troubla le voyage pendant le cours de cette journée. La cuadrilla traversait un pays accidenté, coupé de rivières peu profondes, parsemé de hautes futaies et de bouquets de cotonniers, peuplés par une infinité d'oiseaux de toutes sortes et de toutes couleurs; à l'horizon une longue ligne jaunâtre, au-dessus de laquelle planait un épais nuage de vapeurs, indiquait le Río Colorado Grande del Norte.

Ainsi que don Miguel l'avait prévu, on atteignit le gué del Rubio quelques minutes avant le coucher du soleil.

Nous expliquerons ici en quelques mots de quelle façon campent les caravanes dans le désert; cette description est indispensable pour que le lecteur puisse comprendre comment il est facile de sortir et de rentrer dans le camp sans être aperçu.