Le jeune homme était évanoui. Le premier soin des chasseurs fut de rechercher ses blessures. Il en avait deux, une au bras droit, l'autre à la tête. Aucune des deux n'était dangereuse. La blessure du bras saignait beaucoup; une balle avait déchiré les chairs, mais sans occasionner de rupture d'os ni aucun autre accident grave. Quant à la blessure de la tête, produite évidemment par un instrument tranchant, les cheveux s'étaient déjà collés dessus et avaient arrêté l'hémorragie.

L'évanouissement de don Miguel était causé par la perte de sang d'abord, puis par la surexcitation nerveuse d'une lutte longue et acharnée et par la somme immense de forces qu'il avait été contraint de dépenser pour résister aux ennemis nombreux qui l'avaient traîtreusement attaqué.

Les coureurs des bois, par la vie qu'ils mènent et les accidents sans nombre auxquels ils sont sans cesse exposés, sont contraints de posséder quelques connaissances pratiques en médecine et surtout en chirurgie. Élèves des peaux-rouges, les simples jouent un grand rôle dans leur système de médication. Balle-Franche et Bon-Affût, étaient passés maîtres dans l'art de traiter sommairement les plaies, à la mode indienne. Après avoir lavé avec soin les blessures, coupé les cheveux de celle de la tête, ils prirent des feuilles d'oregano, en formèrent une espèce de cataplasme en les mouillant légèrement avec un peu d'eau-de-vie étendue d'eau et appliquèrent ce remède primitif sur les blessures en l'assujettissant avec des feuilles d'abanijo coupées en bandes et attachées aux moyens de fils d'aloès. Puis, avec la lame d'un couteau, ils écartèrent légèrement les mâchoires serrées du blessé, et introduisirent quelques gouttes de liqueur dans sa bouche. Au bout de quelques instants don Miguel entrouvrit faiblement les yeux, et une rougeur fugitive colora les pommettes de ses joues pâlies.

Les chasseurs, les deux mains croisées sur l'extrémité de leur rifle, examinaient avec soin le visage du blessé, cherchant à lire sur ses traits les résultats probables des moyens qu'ils avaient cru devoir employer pour le soulager.

L'homme qui sort d'un évanouissement profond n'a pas, dans le premier moment, conscience des objets extérieurs ni le souvenir des faits qui se sont passés; l'équilibre brusquement rompu entre ses facultés par les chocs successifs qu'elles ont éprouvés, ne se rétablit que lentement et graduellement, au fur et à mesure que la vue devient plus nette et la mémoire plus claire. Don Miguel jeta autour de lui un regard sans chaleur et sans expression, et referma presque aussitôt les yeux comme s'il avait été fatigué déjà de l'effort qu'il avait été contraint de faire pour les ouvrir.

—Dans quelques heures ses forces seront revenues, et avant trois jours il n'y paraîtra plus, observa Balle-Franche, en hochant sentencieusement la tête; vrai Dieu! C'est un de ces hommes carrés comme je les aime!

—N'est-ce pas, répondit Bon-Affût; si jeune et déjà si vaillant, quel rude assaut il a soutenu!

—Oui, et bravement, on peut le dire! C'est égal, si nous ne nous étions pas trouvés là, il aurait eu de la peine à s'en tirer.

—Il aurait succombé, cela ne fait point le moindre doute, c'eût été malheureux.

—Très malheureux! Enfin l'en voilà hors. Ah çà, qu'allons-nous en faire à présent? Nous ne pouvons demeurer éternellement ici; d'un autre côté, il est incapable de faire un mouvement, il faudrait cependant le ramener au camp, ses hommes doivent être inquiets de son absence, qui sait ce qui arriverait si elle se prolongeait?