—Comment se fait-il que je le retrouve là? dit-il, comme se parlant à soi-même; que fait-il dans ces régions sauvages? Il me mentait donc en m'écrivant que d'importantes affaires l'appelaient au États-Unis et qu'il partait pour la Nouvelle-Orléans?

—Le señor don Estevan, votre frère, répondit gravement Bermudez, est un de ces hommes aux allures ténébreuses, dont il est impossible de connaître les pensées et de deviner les actes; voyez, ce chasseur lui donne un nom qui ne lui appartient pas: dans quel but se cache-t-il ainsi? Croyez-moi, don Mariano, il y a là-dessous un mystère que nous éclaircirons avec la grâce de Dieu; mais soyons prudents, ne révélons pas notre présence à don Estevan: il sera toujours temps de le faire, si nous reconnaissons que nous nous sommes trompés.

—C'est vrai, Bermudez, votre avis est bon, je veux le suivre; seulement avant de m'éloigner, laissez-moi m'assurer de l'état où il se trouve: cet homme est mon frère, et, quelques grands que soient ses torts envers moi, je ne voudrais pas le voir mourir sans secours.

—Peut-être cela vaudrait-il mieux, murmura Bermudez.

Don Mariano lui jeta un regard mécontent et se pencha sur le blessé.

Celui-ci était toujours évanoui. L'Églantine lui prodiguait ces soins délicats et intelligents dont les femmes de toutes les couleurs et de toutes les nations ont le secret, sans cependant parvenir à le rappeler à la vie.

—Croyez-moi, seigneurie, insista Bermudez, éloignez-vous.

Don Mariano jeta un dernier regard sur son frère et sembla hésiter un instant; puis, se détournant avec effort.

—Allons! dit-il.

Le visage du vieux domestique rayonna.