—Priez ce chasseur, votre ami, d'approcher, dit-il, j'ai à vous parler à tous deux; un service à vous demander.
Le chef obéit.
—Me voici à vos ordres, seigneurie, dit Ruperto.
—Nous allons tenir conseil, reprit alors don Mariano; n'est-ce pas la locution dont vous vous servez au désert lorsque vous avez à traiter d'affaires sérieuses?
Le chasseur et l'Indien firent un geste affirmatif.
—Ecoutez-moi avec attention, continua le gentilhomme d'une voix ferme et accentuée: l'homme qui est là est mon frère, cet homme doit mourir; je ne veux pas le tuer, je veux le juger; vous tous ici présents serez ses juges, moi je l'accuserai. Voulez-vous m'aider à accomplir, non pas un acte de vengeance, mais un acte de la plus rigoureuse justice? Je vous le répète, je l'accuserai devant vous présents, et, pièces en main; votre conscience sera éclairée; cet homme pourra se défendre, liberté entière lui sera laissée pour cela devant vous, de plus vous serez libres de le condamner ou de l'absoudre, suivant que vous le trouverez innocent ou coupable. Vous m'avez entendu, réfléchissez, j'attends votre réponse.
Il y eut un silence suprême.
Après quelques minutes, Ruperto prit la parole.
—Dans le désert, où ne pénètre pas la justice humaine, dit-il, la loi de Dieu doit régner; lorsque nous avons le droit de tuer les bêtes féroces et malfaisantes, pourquoi n'aurions-nous pas le droit de punir un scélérat? J'accepte la mission dont vous me chargez, parce que, dans mon cœur, j'ai la persuasion qu'en agissant ainsi j'accomplis un devoir et que je suis utile à la société tout entière, dont je me fais le vengeur.
—Bien, répondit don Mariano, je vous remercie. Et, vous chef?