—C'est la loi du Lynch.
—La loi du Lynch!
—Oui, c'est en son nom que nous, qui, comme vous l'avez dit, ne vous connaissons pas, nous avons été réunis afin de vous juger.
—Me juger! Mais cela n'est pas possible. Quel crime ai-je commis? Quel est l'homme qui m'accuse?
—Je ne puis répondre à ces questions; j'ignore le crime dont on vous accuse; je ne sais pas davantage le nom de votre accusateur; seulement, croyez-moi, nous n'avons ni haine ni préventions contre vous; donc, nous serons impartiaux; préparez votre défense pendant le peu d'instants qui vous restent, et lorsque le moment sera arrivé, tâchez de prouver votre innocence en confondant votre accusateur, chose que je vous souhaite ardemment.
Don Stefano laissa tomber sa tête dans ses mains avec une expression de désespoir.
—Mais comment voulez-vous que je prépare ma défense, puisque j'ignore quels sont les faits que l'on m'impute? Éclairez-moi dans ces ténèbres, faites luire à mes yeux une lueur, si faible qu'elle soit, afin que je puisse me guider, savoir où je vais enfin.
—En parlant ainsi que je l'ai fait, caballero, j'ai obéi à ma conscience qui m'ordonnait de vous avertir du danger qui vous menace; vous en dire davantage me serait impossible, puisque, ainsi que vous, j'ignore tout complètement.
—Oh! C'est à en devenir fou! s'écria don Stefano.
Sur un geste de Bon-Affût, Ruperto et l'Aigle-Volant se levèrent; le chasseur fit signe a l'Églantine de les imiter; tous quatre se retirèrent et don Stefano demeura seul.