—Peut-être! fit-il. Que donneriez-vous à celui qui vous apporterait, je ne dis pas une bonne nouvelle, mais un peu d'espoir?

—Sans répondre, je me levai, et allant à un meuble où je serrais mon or et mes bijoux:

—Tendez votre chapeau, lui dis-je. En un instant, ce chapeau fut plein d'or et de diamants; l'inconnu fit disparaître le tout, et s'inclinant vers moi:

—Je me nomme Pepito, me dit-il; je fais un peu tous les métiers; un homme qu'il est inutile de vous nommer m'a confié ce chiffon de papier, avec injonction de vous le remettre aussitôt votre arrivée à Mexico. Je n'ai su que ce matin votre retour; je viens ce soir accomplir l'ordre que j'avais reçu. Je lui arrachai le papier des mains et je le lus pendant que ce Pepito se confondait en remercîments que je n'écoutais pas, et se retirait. Voilà ce que contenait ce papier.

Don Miguel étendit le bras vers don Mariano.

—« Un ami de la famille de Real del Monte, dit-il d'une voix vibrante, avertit don Mariano qu'il a été indignement trompé par l'homme dans lequel il avait mis toute sa confiance et qui lui devait tout. Cet homme a empoisonné doña Serafina de Real del Monte: la fille de don Mariano a été enterrée toute vive dans un des in pace du couvent des Bernardines. Si le seigneur Real del Monte désire approfondir l'affreuse machination dont il a été victime, et peut-être revoir une des deux personnes que celui qui l'a trompé croit avoir fait disparaître pour toujours, que le señor don Mariano garde le plus complet silence sur le contenu de ce billet, qu'il feigne toujours la même ignorance, mais qu'il fasse en secret les préparatifs d'un long voyage que nul ne doit soupçonner. Le 5 novembre prochain, au coucher du soleil, un homme se trouvera au Teocali de Quinametzin (le Géant). Cet homme accostera don Mariano en prononçant deux noms: celui de sa femme et celui de sa fille; alors il lui apprendra tout ce qu'il ignore, et peut-être pourra-t-il lui rendre un peu de ce bonheur qu'il a perdu. » Ce billet se terminait là, il n'était pas signé.

—C'est vrai, répondit don Mariano au comble de l'étonnement. Mais comment avez-vous appris ces détails? C'est vous sans doute qui...

—Lorsqu'il en sera temps, je vous répondrai, fit don Miguel d'un ton péremptoire. Continuez.

—Que dirai-je de plus? Je partis pour me rendre au rendez-vous étrange qui m'était assigné, nourrissant au fond de mon cœur je ne sais quel fol espoir. Hélas! L'homme est ainsi fait qu'il se rattache à tout ce qui peut l'aider à douter d'un malheur. Aujourd'hui, Dieu, qui probablement m'a pris en pitié, m'a fait rencontrer cet homme qui est mon frère; sa vue me causa un étonnement que je ne puis exprimer. Comment se trouvait-t-il ici, lui qui m'avait écrit qu'il partait pour la Nouvelle-Orléans? Un vague soupçon, que j'avais toujours repoussé jusque-là me mordit au cœur avec une force telle que je commençai à croire, quoique cela me parût bien horrible, que mon frère était le traître auquel je devais tous mes maux. Cependant je doutais encore, je flottais indécis, lorsque ce portefeuille, perdu par ce misérable et retrouvé par le chef indien, l'Aigle-Volant, déchira tout à coup et fit tomber de mes yeux l'épais bandeau qui les couvrait, en me donnant toutes les preuves des odieuses machinations et des crimes commis par cet infâme, par ce fratricide indigne, dans le but ignoble de me dépouiller de ma fortune afin d'en faire jouir ses enfants. Voilà ce portefeuille, parcourez les papiers qu'il renferme, et décidez entre ce frère indigne et moi.

En disant cela, don Mariano tendit le portefeuille à don Miguel. Celui-ci le repoussa doucement.