—Le sauverai-je? reprit-il enfin. A quoi bon? Ne vaut-il pas mieux laisser les coyotes se déchirer entre eux; les guerriers rouges se rient de leur fureur; celui-là ajouta-t-il, était cependant un des meilleurs entre ces faces pâles pillardes qui viennent nous relancer jusque dans nos derniers refuges! Bah! Que m'importe! Nos deux races sont ennemies; les bêtes fauves l'achèveront, à chacun sa proie.

Et il fit un geste pour s'éloigner. Soudain il sentit une main se poser sur son épaule, et une voix timide murmura doucement à son oreille:

—Ce visage pâle est l'ami de la tête grise qui a délivré l'Aigle-Volant; le sachem l'ignore-t-il?

Le chef tressaillit à cette question qui répondait si bien à ses pensées intérieures; car, tout en se parlant à lui-même et en cherchant à se prouver qu'il avait raison d'abandonner le blessé, l'Indien savait fort bien que l'action qu'il préméditait était répréhensible et que l'honneur exigeait qu'il secourût l'homme étendu à ses pieds.

—L'Églantine connaît ce chasseur? répondit-il évasivement.

—L'Églantine l'a vu il y a deux jours pour la première fois, lorsqu'il a sauvé si courageusement l'ami du chef.

—Ooah! murmura l'Indien, ma sœur dit vrai; ce guerrier est brave, son cœur est large, il est l'ami des peaux-rouges, l'Aigle-Volant est un chef renommé pour sa grandeur d'âme, il n'abandonnera pas le visage pâle aux hideux coyotes.

—Mahchsi-Karehde est le plus grand guerrier de sa nation, sa tête est pleine de sagesse, ce qu'il fait est bien.

L'Aigle-Volant sourit avec satisfaction à ce compliment de la jeune femme.

—Visitons les blessures de cet homme.