Une chasse dans la prairie.

Les personnes réunies sous la tente de don Leo ne purent réprimer un mouvement de surprise et presque d'effroi à l'apparition imprévue de Balle-Franche; pâle, sanglant, les vêtements en désordre.

Le chasseur s'était arrêté à l'entrée de la tente, chancelant et promenant autour de lui des yeux hagards, tandis que peu à peu son visage prenait une expression de douleur et de profond découragement.

Tous ces hommes, habitués à la vie accidentée du désert, dont le courage, incessamment mis aux plus rudes épreuves, ne s'étonnaient de rien, se sentirent cependant frémir intérieurement et eurent le pressentiment d'un malheur.

Balle-Franche demeurait toujours immobile et muet.

Don Leo, le premier, rappela sa présence d'esprit et parvint à reprendre assez de puissance sur lui-même pour interpeler le nouveau venu.

—Qu'avez-vous, Balle-Franche? lui demanda-t-il d'une voix qu'il cherchait vainement à affermir: de quelle fâcheuse nouvelle vous êtes-vous fait le porteur auprès de nous?

Le Canadien passa à plusieurs reprises le revers de sa main sur son front inondé de sueur, et, après avoir jeté un dernier regard circulaire et soupçonneux autour de lui, il se décida enfin à répondre d'une voix basse et inarticulée:

—J'ai à vous annoncer une nouvelle terrible!

Le cœur de l'aventurier se serra; cependant il domina son émotion, et, d'une voix calme avec un soupire résigné: