Les chasseurs l'écoutèrent avec attention; lorsque son récit fut terminé, il y eut un instant de silence.

—Que faire? murmura don Leo avec tristesse; tout est à recommencer à présent; il ne manque pas dans la Prairie, de misérables avec lesquels cet homme puisse s'entendre.

Don Mariano, accablé par ce qu'il venait d'apprendre, restait sombre et silencieux, sans prendre part à la discussion, reconnaissant intérieurement la faute qu'il avait commise, mais ne se sentant pas le courage de l'avouer et d'assumer ainsi sur lui la responsabilité immense du jugement prononcé par les coureurs des bois.

—Il faut en finir, dit Bon-Affût, les moments sont précieux; qui sait ce que fait ce scélérat pendant que nous délibérons? Levons le camp au plus vite, rendons-nous auprès des jeunes filles, elles doivent être sauvées d'abord; quant à nous, nous saurons bien déjouer les machinations criminelles de ce misérable lorsqu'elles s'adresseront directement à nous.

—Oui! s'écria don Leo, en route, en route! Dieu veuille que nous arrivions à temps!

Et oubliant sa faiblesse et ses blessures, l'aventurier se leva résolument. Balle-Franche l'arrêta; le vieux chasseur, débarrassé du poids qui pesait si lourdement sur sa conscience, avait repris toute son audace et toute sa liberté d'intelligence.

—Permettez, dit-il, nous avons affaire a forte partie, n'agissons pas à la légère, ne nous laissons pas tromper cette fois; voici ce que je propose:

—Parlez, répondit don Leo.

—D'après ce que je connais de cette malheureuse histoire, vous avez, don Miguel, aidé par mon vieux camarade Bon-Affût, caché les deux jeunes filles dans un lieu que vous supposez hors des atteintes de votre ennemi.

—Oui, répondit l'aventurier, à moins d'une trahison.