—Bon voyage et heureuse réussite, leur dit Juanito, ne pouvant s'empêcher d'accompagner cet adieu d'un soupir qui laissait deviner combien il était fâché d'être ainsi laissé en arrière.
—Merci, répondirent les aventuriers.
Aussitôt qu'ils eurent quitté le camp, ils prirent la file indienne, c'est-à-dire qu'ils marchèrent l'un derrière l'autre, le second posant ses pieds sur l'empreinte exacte des pas du premier, le troisième sur celle des pas du second, et ainsi de suite jusqu'au sixième et dernier. Seulement celui-ci, comme fermant la marche prenait le soin d'effacer autant que possible les traces laissées par lui et ceux qui le précédaient.
Juanito, après les avoir suivis quelques instants du regard pendant qu'ils descendaient le monticule au sommet duquel se trouvait le camp, vint nonchalamment se rasseoir auprès du feu.
—Hum! murmura-t-il, je vais avoir bien peu d'agrément ici; enfin, puisqu'il le faut!
Et sur cette réflexion philosophique, le digne Mexicain alluma sa cigarette et se mit à fumer paisiblement, en suivant avec intérêt les spirales bleuâtres, fantastiquement contournées par la brise du soir, produites par la fumée de son tabac, pur havane, dont il humait le parfum avec tout le flegme méthodique d'un véritable sagamore indien.
[1] D'Aman, endroit où une rivière se divise en plusieurs branches.
[2] Littéralement pays des roseaux; d'acatl, roseau.
[3] Soleil d'eau; de atl, eau, et tonatiuh, soleil.