Pendant plusieurs jours leur voyage à travers des montagnes abruptes et désolées s'effectua avec de grande fatigues, mais sans offrir d'incident digne d'être rapporté; enfin ils se trouvèrent de nouveau dans la région des tierras calientes; la verdure avait reparu, la chaleur se faisait sentir; aussi les aventuriers, qui venaient de souffrir beaucoup du froid dans les hautes régions de la Serrania, éprouvèrent-ils une sensation de bien-être indicible en aspirant les émanations de cette atmosphère douce et embaumée, en contemplant ce ciel bleu et l'éblouissant soleil qui remplaçaient le ciel gris et blafard et l'étroit horizon chargé de brume et de givre des montagnes qu'ils laissaient derrière eux.

Vers la fin du quatrième jour, après avoir quitté les montagnes, Bon-Affût poussa un cri de satisfaction en apercevant surgir dans les lointains bleuâtres de la Prairie les premiers plans d'une immense forêt vierge vers laquelle il avait dirigé sa marche.

—Courage, mes amis! dit-il, nous rencontrerons bientôt l'ombre et la fraîcheur qui nous manquent ici.

Les aventuriers, sans répondre, allongèrent le pas en hommes qui appréciaient parfaitement la valeur de la promesse qui leur était faite.

La nuit était complète lorsqu'ils atteignirent, non pas la forêt, mais les bords d'une rivière assez large dont les hautes herbes leur avaient dérobé le voisinage, bien que depuis quelques instants ils entendissent le murmure continu de l'eau sur les cailloux de la rive. Bon-Affût résolut d'attendre au lendemain pour chercher un gué.

On campa; mais, par prudence, le feu ne fut pas allumé, les aventuriers se roulèrent dans leurs zarapés après avoir pris un maigre repas, et ne tardèrent pas à s'endormir.

Seul, Bon-Affût veillait.

Cependant la lune descendait à l'horizon, les étoiles commençaient à blanchir et à s'éteindre dans les profondeurs du ciel; le chasseur, dont la fatigue fermait malgré lui les yeux, allait s'abandonner au sommeil, lorsque tout à coup un bruit étrange, inattendu, le fit tressaillir. Il se redressa comme frappé par une commotion électrique, et prêta l'oreille. Un léger frémissement agitait les roseaux qui bordaient la rivière, dont l'eau calme et immobile semblait un long ruban d'argent. Il n'y avait pas un souffle de vent dans l'air.

Le chasseur posa la main sur l'épaule de l'Aigle-Volant; celui-ci ouvrit les yeux et le regarda.

—Les Indiens! murmura le Canadien à l'oreille du chef.