Ceux-ci avaient fini, sinon par deviner complètement, du moins par se douter de l'intention de leur intrépide adversaire; aussi avaient-ils, de leur côté, changé de tactique et modifié leur manœuvre. Au lieu de marcher à l'encontre des blancs, comme ils avaient fait jusqu'à ce moment, ils avaient brusquement viré de bord et pagayaient vigoureusement dans la direction de l'île.
Bon-Affût comprit qu'il fallait à tout prix retarder leur marche.
Jusqu'alors pas une flèche, pas un coup de feu n'avait été échangé de part ni d'autre; les Apaches étaient si persuadés qu'ils réussiraient à s'emparer des aventuriers, qu'ils avaient jugé inutile d'en venir à cette extrémité.
Les blancs, de leur côté, qui sentaient la nécessité d'économiser leur poudre dans un pays ennemi où il leur serait impossible de renouveler leur provision, les avaient jusque-là imités par prudence, quelque désir qu'ils eussent d'en venir aux mains.
Cependant la pirogue indienne n'était plus qu'à une cinquantaine de mètres de l'île; le chasseur, après avoir jeté un dernier regard autour de lui, se pencha vers ses compagnons, et leur dit quelques mots à voix basse.
Immédiatement ceux-ci rentrèrent les pagaies, et saisissant leurs rifles, s'agenouillèrent en appuyant leur arme sur le plat-bord de l'embarcation, après toutefois avoir fait glisser une seconde balle dans le canon.
Bon-Affût avait fait de même.
—Y sommes-nous? demanda-t-il au bout d'un instant.
—Oui! répondirent les aventuriers.
—Feu alors! Et tirons bas.