—Ma nation habite les bords du lac salé sans rivages, les visages pâles sont nos voisins, je comprends et je parle un peu l'idiome dont ils se servent.

—Tant mieux.

—S'agit-il donc de guérir un visage pâle, demanda le Canadien, qui tenait à être fixé sur ce qu'on exigeait de lui.

—Non, répondit Atoyac; un des grands chefs apaches a amené ici, il y a déjà plusieurs lunes, deux femmes des visages pâles; ce sont elles qui sont malades; le malin esprit s'est emparé d'elles, en ce moment, la mort étend ses ailes sur la couche où elles reposent.

Bon-Affût tressaillit à cette nouvelle inattendue, le cœur faillit lui manquer, un frisson involontaire agita tous ses membres; il lui fallut un effort surhumain pour refouler au fond de son âme l'émotion profonde qu'il éprouvait et pour répondre d'une voix calme à Atoyac:

—Je suis aux ordres de mon frère, ainsi que mon devoir l'exige.

—Partons, alors, répondit l'Indien.

Bon-Affût prit sa boîte à médicaments, la plaça avec précaution sous son bras, sortit du calli à la suite du sachem, et tous deux se dirigèrent à grands pas vers le palais des vestales, accompagnés, ou pour mieux dire surveillés à distance par l'Aigle-Volant, qui marcha sur leurs traces sans les perdre un instant de vue.

[1] Tigre de la petite espèce dont le nom a été conservé en français avec une légère différence.