Ceci prouvait seulement une chose, c'est que Bon-Affût, malgré toute sa finesse, ne connaissait pas l'homme auquel il avait affaire, et ne se doutait pas de cette ténacité dans les idées qui forme le fond du caractère des métis mexicains.
Domingo haïssait le chasseur parce que celui-ci l'avait démasqué, et avec cette patience qui caractérise la race à laquelle il appartenait, il attendait l'occasion de se venger, certain que, par la force des choses, cette occasion viendrait pour lui un jour ou l'autre.
En attendant, il regardait et écoutait. On ne se cachait pas pour parler devant lui, par la raison qu'il aurait fallu que Bon-Affût avertît ses compagnons des soupçons qu'il avait contre le gambucino, chose que la loyauté du chasseur lui empêchait de faire; aussi Domingo avait-il mis à profit cette facilité pour apprendre bien des détails sur l'expédition dont malgré lui il faisait partie, détails dont il se réservait de faire son profit en les vendant le plus cher possible à celui qu'ils intéressaient le plus, aussitôt que le hasard les mettrait en présence.
Le soir où Bon-Affût avait découvert cette piste qui l'avait si fort intrigué, le gambucino, en furetant aussi de son côte, avait, au milieu d'un buisson, fait une trouvaille dont il se garda bien de faire part à ses compagnons.
Cette trouvaille n'était autre qu'un sac à tabac de petite dimension, richement brodé en or, ainsi qu'en portent généralement les riches mexicains.
Domingo se rappelait fort bien l'avoir vu entre les mains de don Estevan.
Ce sac avait donc été perdu par lui. Provisoirement il le cacha dans sa poitrine, se réservant de l'examiner plus à loisir, lorsqu'il ne craindrait pas d'être surpris par ses compagnons.
L'Aigle-Volant se lança sur la piste, ainsi que nous l'avons dit plus haut, et ses amis, après avoir allumé le feu, préparé le repas et mangé quelques bouchées, attendirent son retour.
La journée avait été fatigante. L'Indien tardait à revenir; Bon-Affût et don Mariano, après avoir causé assez longuement entre eux, sentirent leur paupières s'appesantir, leurs yeux se fermer; bref, ils succombèrent à la fatigue, se laissèrent aller sur le sol, et furent bientôt plongés dans un profond sommeil; quant à Domingo, depuis plus d'une heure il dormait comme s'il n'avait jamais dû se réveiller.
Cependant il arriva une chose singulière, c'est qu'à peine don Mariano et Bon-Affût eurent fermés leurs yeux, le gambucino ouvrit les siens, et cela si franchement, que tout portait à supposer que son sommeil était feint, qu'au contraire jamais il n'avait été si éveillé.