—Bon! Que mon frère parle.
En ce moment, un sifflement faible comme un soupir se fit entendre; les Indiens n'y prêtèrent pas attention, mais le chasseur tressaillit, son œil profond lança un éclair et un sourire de triomphe plissa le coin de ses lèvres:
—Je serai bref, dit-il; je me suis, en effet, introduit dans le village de mon frère, mais franchement et loyalement, pour lui demander au nom de Mahchsi-Karehde, le grand sachem des Bisons Comanches, sa femme que le Loup-Rouge avait enlevée: cette femme, j'offrais de payer pour elle une riche rançon composée de quatre eruhpas,—fusils,—de six peaux de bisons femelles et de deux colliers de griffes d'ours gris; j'agissais ainsi dans le but d'empêcher une guerre entre les Bisons Comanches et les Apaches Antilopes; mon frère le Loup-Rouge, au lieu d'accepter mes propositions amicales, les a méprisées; je l'ai averti alors que, de gré ou de force, l'Aigle-Volant reprendrait sa femme traîtreusement enlevée dans son village pendant que lui était absent; puis je me suis retiré. Quel reproche peut m'adresser mon frère? Dans quelle circonstance me suis-je mal conduit avec lui? L'Aigle-Volant a repris sa femme: il a bien fait, il était dans son droit; le Loup-Rouge n'a rien à dire à cela, dans une circonstance semblable il aurait agi de même; j'ai dit, que mon frère réponde si son cœur lui prouve que j'ai eu tort.
—Bon! répondit le chef, mon frère était ici avec l'Églantine il y a quelques minutes, il me dira où elle s'est cachée; le Loup-Rouge la reprendra, et il n'y aura plus de nuages entre le Loup-Rouge et son ami.
—Le chef oubliera cette femme, qui ne l'aime pas et qui ne peut être la sienne; cela vaudra mieux, d'autant plus que l'Aigle-Volant ne consentira pas à la lui céder.
—Le Loup-Rouge a des guerriers pour soutenir ses paroles, dit l'Indien avec orgueil; l'Aigle-Volant est seul, comment s'opposera-t-il à la volonté du sachem?
Bon-Affût sourit.
—L'Aigle-Volant a des amis nombreux, dit-il; il est en ce moment réfugié dans le camp des visages pâles dont le Loup-Rouge peut d'ici voir étinceler les feux dans la nuit; que mon frère prête l'oreille, je crois entendre des bruits de pas dans la forêt.
L'Indien se leva avec agitation; en ce moment trois hommes entrèrent dans la clairière; ces trois hommes étaient Balle-Franche, Ruperto et Domingo.
A leur vue les Apaches, qui les connaissaient parfaitement, se levèrent en tumulte et poussèrent un cri d'étonnement, presque de frayeur, en saisissant leurs armes. Les trois chasseurs continuèrent à s'avancer tranquillement sans paraître s'occuper de ces démonstrations presque hostiles.