—J'étais fou, murmura-t-il, je ne savais ce que je disais: pardonnez-moi; j'ai tant de hâte de revoir mon enfant!

—Ayez foi en nous, pauvre père, répondit noblement don Leo; par ce que nous avons fait déjà, jugez de ce que nous pouvons faire encore; nous allons tenter l'impossible pour vous rendre celle qui vous est si chère.

Don Mariano, succombant à l'émotion qui l'accablait, n'eut pas la force de répondre; les yeux pleins de larmes, il serra la main du jeune homme et se laissa tomber sur le sol.

Les deux aventuriers se préparèrent alors à la hardie expédition qu'ils méditaient et se mirent en devoir de se déguiser.

Grâce à leurs connaissances des coutumes indiennes, ils parvinrent à se composer des costumes en harmonie avec le rôle qu'ils voulaient jouer et à se donner assez bien l'apparence indienne.

Lorsque ces divers préparatifs furent terminés, don Leo confia à Ruperto le commandement de la cuadrilla, lui recommanda la plus grande vigilance, afin de ne pas se laisser surprendre, lui fit part du signal convenu avec Bon-Affût, et après avoir une dernière fois serré la main de don Mariano, toujours plongé dans la plus profonde douleur, les deux téméraires aventuriers prirent congé de leurs compagnons, jetèrent sur leur épaule leur rifle, dont ils n'avaient pas voulu se séparer, et se mirent en marche dans la direction de Quiepaa-Tani, accompagnés de quelques gambucinos qui voulaient les escorter jusqu'à la lisière de la forêt, et de Ruperto, qui n'était pas fâché de se rendre compte de la situation de la ville, afin de savoir comment il pourrait placer ses hommes de façon à accourir au premier signal qu'il entendrait.


[XXXVIII.]

Une reconnaissance de nuit.

Le soleil se couchait au moment où les gambucinos atteignaient la lisière de la forêt et la limite du couvert.