Alors il rendit compte à don Leo de ce qui se passait; celui-ci lui répondit quelques mots.
—C'est vrai, dit le chasseur en se redressant, il n'y a que ce moyen.
Et il dirigea la pirogue directement sur la sentinelle. Dès que le Canadien fut à portée de voix:
—Ooah! lui dit l'Indien, mon frère rentre bien tard à Quiepaa-Tani; tout le monde dort à cette heure.
—C'est vrai, répondit Balle-Franche dans la langue dont s'était servi la sentinelle; mais j'apporte de bien beau poisson.
—Eh! fit curieusement le guerrier, puis-je le voir?
—Non seulement mon frère peut le voir, répondit gracieusement le Canadien, mais j'encore je l'autorise à choisir celui qui lui plaira.
—Och! Mon frère a la main ouverte, le Wacondah ne la lui laissera jamais vide; j'accepte l'offre de mon frère.
—Hum! murmura Balle-Franche: pauvre diable, c'est étonnant comme il mord à l'hameçon: il ne se doute guère que c'est lui qui est le poisson en ce moment; et, après cette réflexion philosophique faite in petto, il continua à avancer.
Bientôt l'avant de la pirogue grinça sur le sable du rivage. L'Indien, alléché par l'offre fallacieuse du Canadien, ne voulut pas demeurer en reste de gracieuseté avec lui, il saisit le bord de l'embarcation et commença à la tirer au plein.