—Oui, mille fois oui.

—Eh bien, rassurez-vous, Bon-Affût, nous avons de longs jours à vivre ensemble.

—Feriez-vous partie de sa troupe?

—Dieu m'en garde!

—Alors je n'y comprends plus rien.

Balle-Franche sembla sérieusement réfléchir pendant quelques instants, puis se tournant vers son ami:

—Écoutez-moi, Bon-Affût, lui dit-il, aussi bien vous êtes mon plus ancien ami, et je ne veux pas vous voir vous fourvoyer de gaieté de cœur; j'ai à vous donner certains renseignements qui vous sont indispensables pour vous acquitter convenablement de la tâche que vous avez acceptée; je vois que nous ne dormirons pas cette nuit, ainsi prêtez-moi l'oreille avec attention; ce que vous allez entendre en vaut la peine.

Bon Affût, surpris de l'accent solennel du vieux chasseur, le regarda avec inquiétude.

—Parlez, lui dit-il.

Balle-Franche rassembla un instant ses souvenirs, puis il prit la parole et commença une longue histoire que les assistants écoutèrent avec une attention et un intérêt qui croissaient d'instant en instant; car jamais, jusqu'à ce jour, ils n'avaient entendu de récit d'événements aussi bizarres et aussi extraordinaires.