Les maisons sont basses et se terminent en terrasses qui se relient les unes aux autres; elles sont légères et bâties en jonc et en cañaverales revêtus de ciment, à cause des tremblements de terre si fréquents dans cette région; mais elles sont vastes, bien airées et percées de nombreuses fenêtres. Toutes n'ont qu'un seul étage d'élévation, et les façades sont enduites d'un verni d'une blancheur éclatante.

Cette étrange ville, aperçue de loin, surgissant au milieu des hautes herbes de la prairie, offre le plus singulier et le plus séduisant aspect.

Par une belle soirée du mois d'octobre, cinq personnes, dont il eut été impossible de distinguer les traits ou le costume, en raison de l'obscurité, débouchèrent de la forêt que nous avons décrite plus haut, s'arrêtèrent un moment, avec une indécision marquée, sur l'extrême lisière du bois qu'elles venaient de franchir, et commencèrent à examiner le terrain. Devant elles s'élevait un monticule qui encaissait la forêt, et dont le sommet, bien que peu élevé, coupait l'horizon en droite ligne.

Après avoir échangé quelques paroles entre eux, deux des personnages restèrent où ils se trouvaient; les autres trois se couchèrent à plat ventre et, en rampant sur les pieds et sur les mains, s'avancèrent au milieu des herbes gigantesques qu'ils faisaient onduler et qui cachaient entièrement leur corps.

Puis, parvenus sur le haut du tertre qu'ils avaient eu une si grande difficulté à gravir, ils plongèrent leurs regards dans le vide et demeurèrent frappés d'étonnement et d'admiration.

L'éminence au sommet de laquelle ils se trouvaient était coupée à pic, ainsi que toute la partie du terrain qui s'étendait à leur droite et à leur gauche. Une magnifique plaine se déroulait à cent pieds au-dessous d'eux, et au milieu de cette plaine, c'est-à-dire à mille mètres environ de distance, s'élevait, fière et imposante, Quiepaa-Tani[1], la ville mystérieuse, défendue par ses tours massives et ses épaisses murailles. L'aspect de cette vaste cité, au milieu de ce désert, produisit sur l'esprit des trois hommes un sentiment de stupeur dont ils ne purent se rendre compte et qui, pendant quelques minutes, les rendit muets de surprise.

Enfin l'un d'eux se releva sur le coude, et s'adressant à ses compagnons:

—Mes frères sont-ils contents? dit-il avec un accent guttural qui, bien qu'il s'exprimât en espagnol, le faisait reconnaître pour Indien, Addick—le Cerf—a-t-il tenu sa promesse?

—Addick est un des premiers guerriers de sa tribu; sa langue est droite et le sang coule clair dans ses veines, répondit un des deux hommes auxquels il s'adressait.

L'Indien sourit silencieusement sans répondre: ce sourire eût donné fort à penser à ceux qui l'accompagnaient, s'ils avaient pu le voir.