Des portes de la ville, qui étaient ouvertes, sortaient des groupes d'Indiens à pied et à cheval, qui se dispersaient de tous les côtés, avec des cris de joie et des éclats de rire stridents. De nombreuses pirogues sillonnaient la rivière, les champs se peuplaient de troupeaux de vigognes et de chevaux conduits par des Indiens armés de longues gaules, qui, venus des environs, se dirigeaient vers la ville. Des femmes bizarrement vêtues et portant gaillardement sur leur tête de longues mannes en osier remplies de viandes, de fruits ou de légumes, marchaient en causant entre elles, et accompagnant chaque phrase de ce rire continuel, saccadé et métallique dont les peuplades indiennes ont le secret et dont le bruit ressemble assez à celui que produirait la chute d'une quantité de cailloux sur un plat de cuivre.

Les jeunes filles et leur guide ne tardèrent pas à se mêler à cette foule bigarrée, au milieu de laquelle elles disparurent.

Don Miguel poussa un soupir.

—Partons, dit-il d'une voix profonde.

Ils regagnèrent la forêt.

Quelques minutes plus tard ils se remettaient en route.

—Il faut nous séparer, fit don Miguel, lorsqu'ils eurent traversé la forêt dans toute sa longueur, je retourne à Tubac.

—Moi, je vais tâcher de rendre un petit service à un chef indien de mes amis.

—Toujours vous songez aux autres et jamais à vous, mon brave Bon-Affût; toujours vous êtes occupé à être utile à quelqu'un.

—Que voulez-vous, don Miguel, il paraît que c'est ma mission; vous savez que chacun a la sienne sur la terre.