Williams Stuart sourit avec ironie: sans répondre, il porta à ses lèvres un sifflet en or qu'il sortit de la poche de son gilet, et en tira un son aigu et prolongé; puis, se tournant vers don Pablo:

—Mes amis seront ici dans un instant, lui dit-il; tandis que nous sommes seuls, ne pensez-vous pas qu'il serait convenable de régler entre nous les conditions de cette rencontre?

—Caballero, le duel n'est pas dans les habitudes de mes compatriotes, j'ignore donc comment on agit en pareil cas; je vous laisse libre de régler cette affaire comme vous l'entendrez, vous avertissant tout d'abord que j'accepterai tout ce que vous me proposerez sans exception.

—J'ai apporté des épées avec moi, Monsieur; mais peut-être ne savez-vous pas vous servir de cette arme et préférez-vous le pistolet.

—Peu m'importe, señor, nous nous battrons à l'épée.

En ce moment les trois cavaliers qui avaient accompagné le jeune Américain reparurent, accourant à son appel. Williams Stuart leur expliqua en quelques mots le service qu'il attendait d'eux. Ils s'inclinèrent silencieusement, mirent pied à terre et vinrent se ranger auprès des deux jeunes gens.

Ceux-ci quittèrent une partie de leurs vêtements et se placèrent l'épée à la main en face l'un de l'autre.

—Señores, dit don Pablo en baissant la jointe de son arme et faisant un pas en arrière, quoi qu'il arrive, je veux que vous sachiez bien que je n'ai rien fait pour amener ce combat, que le sang versé retombe donc sur celui qui a provoqué.

—Hâtons-nous, señor, s'écria Williams, quoi que le sort décide, j'en accepte d'avance la responsabilité; en garde donc, s'il vous plaît.

—Je suis à vos ordres, señor, répondit don Pablo. Les épées se croisèrent avec un froissement sinistre, et le combat s'engagea silencieux et acharné.