C'était donc dans cet ordre que la petite caravane s'avançait vers le voladero, dont elle n'était plus éloignée que d'une distance d'une demi-lieue environ, lorsque M. Prescott commanda de faire halte.

Le convoi devint aussitôt immobile; M. Prescott se pencha à l'oreille de son mayordomo et lui dit quelques mots à voix basse.

Santiago Ramírez s'inclina respectueusement, mit pied à terre, s'approcha d'une des mules de charge et ouvrit un ballot.

—Pourquoi nous arrêtons-nous donc, mon père? demanda miss Anna d'une voix languissante.

—Parce que, mon enfant, répondit M. Prescott, nous approchons du voladero, c'est-à-dire de l'endroit le plus dangereux que nous rencontrerons sur notre route, et qu'il nous faut prendre une précaution importante.

—Laquelle donc?

—Regardez, ma fille, répondit-il laconiquement. La jeune fille n'insista pas davantage; la lune reluisait presque comme en plein jour et permettait de distinguer à une assez grande distance tous les accidents du paysage; seul, le voladero était sombre et ressemblait, tant les ténèbres y étaient épaisses, à l'entrée d'un gouffre.

M. Prescott avait fait confectionner à México, avant que d'en partir, des espèces de sacs en cuir à forte semelle, semblables à ceux que, sous Louis XV, le maréchal de Saxe voulait faire adopter à la cavalerie française. Ces sacs de cuir, Santiago Ramírez était occupé en ce moment à en chausser les pieds des chevaux.

—Comprenez-vous? dit M. Prescott à sa fille.

—Je vous avoue humblement que non, mon père.