Le Guet-apens.

En se voyant ainsi attaqués à l'improviste, les voyageurs éprouvèrent d'abord un moment de folle terreur et ne songèrent qu'à chercher leur salut dans la fuite; mais promptement ranimés par les encouragements de M. Prescott qui, lui, avait bravement fait face au danger, et peut-être honteux d'abandonner ainsi leur maître et leur jeune maîtresse sans essayer de les défendre, les peones ne tardèrent pas à tourner bride; à leur tour, ils chargèrent résolument les bandits. Ceux-ci avaient supposé avoir bon marché des voyageurs; surpris par ce retour offensif, ils hésitèrent et mirent plus de mollesse dans leur attaque.

La défense s'organisait, le combat était rétabli, le résultat de la lutte devenait incertain; Matadiez et son digne ami Trabuco commençaient à être sérieusement inquiets; plusieurs de leurs compagnons avaient succombé, d'autres lâchaient pied: la position se faisait pour eux de plus en plus difficile.

Mais les deux bandits étaient gens de ressource et surtout fort experts en matière de guet-apens; de plus ils tenaient énormément à toucher la prime magnifique qui leur avait été promise pour la capture de M. Prescott et de sa fille; une plus longue hésitation pouvait les perdre; leur parti fut pris en un instant pour tenter un effort désespéré, qui, d'une façon ou d'une autre, serait décisif.

Matadiez jeta un cri strident; aussitôt toutes les torches s'éteignirent à la fois, et l'obscurité la plus profonde remplaça aussitôt la lueur blafarde grâce à laquelle, jusqu'alors, les combattants avaient pu s'entrevoir et diriger presque sûrement leurs coups.

Le combat continua donc dans les ténèbres; amis et ennemis se mêlèrent, se ruant les uns contre les autres avec un acharnement sans pareil.

Tout à coup de grands cris se firent entendre, et une dizaine de cavaliers, tenant chacun une torche allumée de la main gauche, s'engouffrèrent comme un ouragan sous la voûte en poussant le cri de guerre des rancheros.

Presque aussitôt une masse énorme de terre et de pierres détachées de la cime du voladero, tomba avec un fracas épouvantable au milieu des combattants, dont plusieurs furent littéralement broyés sous son poids.

Il y eut alors un désordre horrible, une panique effroyable parmi ces hommes acharnés à s'entre-égorger; les bandits comprirent que la partie était perdue pour eux, ils ne songèrent plus qu'à gagner au pied et s'élancèrent au hasard, poussés par l'instinct de la conservation.

Mais la fuite elle-même leur était devenue impossible; la partie de la voûte qui s'était écroulée avait formé derrière eux une infranchissable barrière; devant eux les rancheros, la carabine à l'épaule, n'attendaient qu'un signe de leur chef pour les tuer à bout portant.