L'officier se hâta d'obéir; il revint au bout de quelques minutes suivi de plusieurs rancheros qui amenaient, ou plutôt portaient au milieu d'eux, car il refusait de marcher, bien que ses jambes fussent à peu près libres, notre ancienne connaissance, le señor Matadiez.
Le bandit n'avait rien perdu de son effronterie, ni de sa cynique assurance. Le seul changement qui s'était opéré en lui, c'est que ses yeux de chat-tigre semblaient lancer des flammes sous ses sourcils froncés à se joindre, et que l'expression de sa physionomie était encore plus farouche que de coutume.
Don Pablo jeta sur le drôle un regard investigateur, et s'adressant à l'officier:
—Capitaine, dit-il froidement, faites prendre les armes à dix cavaliers et qu'ils se tiennent prêts pour une exécution.
Le capitaine fit un signe, dix rancheros s'approchèrent, la carabine à la main et se placèrent silencieusement en face du prisonnier.
Celui-ci demeura impassible, indifférent en apparence à ces préparatifs dont cependant il comprit toute la menaçante signification.
—Tu es condamné à mort, prépare-toi à mourir, dit don Pablo d'un ton bref en s'adressant au prisonnier.
Le bandit sourit avec dédain.
—Je suis condamné à mort depuis ma naissance, répondit-il d'une voix railleuse; un peu plus tôt un peu plus tard, toute créature humaine doit en arriver là, c'est le but commun, nul être vivant ne le peut éviter. Faites donc de moi ce qu'il vous plaira.
—Tu ne crains pas la mort?