—Approchez, señor, lui dit-elle d'une voix douce et harmonieuse, mais légèrement tremblante, je tenais à vous voir et à vous exprimer moi-même la vive reconnaissance que je conserverai pour le signalé service que vous m'avez rendu.
—Señorita, répondit l'étranger d'une voix sourde, vous ne me devez aucune reconnaissance pour ce que j'ai fait; tout vaquero mexicain sait lacer un cheval emporté; ce n'est pas un grand mérite; il n'y a donc pas là un motif à un remercîment de la part d'une personne comme vous!
—Au contraire, car vous avez agi sous l'impression d'un bon mouvement, puisque je vous suis complètement étrangère.
—En êtes-vous sûre, señorita? répondit-il en relevant enfin la tête et la regardant avec une expression singulière.
—Mais, murmura la jeune fille surprise et troublée de cette réponse à laquelle elle était si loin de s'attendre, je le crois... je le suppose, du moins, je ne me rappelle pas vous avoir jamais vu.
—C'est vrai, señorita, jamais vous ne m'avez vu; j'ajouterai même que jamais, jusqu'à ce moment, je n'avais moi-même eu l'honneur de vous voir, et cependant vous ne m'êtes pas étrangère.
—Je ne vous comprends pas, señor.
—En effet, ce que je vous dis là vous doit sembler bien extraordinaire; lorsque je vous ai rencontrée si providentiellement, señorita, je vous cherchais.
—Vous me cherchiez, moi! s'écria-t-elle avec une surprise de plus en plus grande.
—Oui, señorita, reprit-il froidement, seulement, je conviens avec vous que, lorsque j'ai lacé votre cheval, j'ignorais que ce fût à vous que je rendais ce service, car la nuit était trop sombre, et j'étais trop éloigné de vous pour vous reconnaître.