—Mille fois merci, señorita, reprit son interlocuteur; mais je vous répète que là où nous nous proposons de conduire notre ami, on sera heureux de le recevoir et rien ne lui manquera.
La jeune fille donna l'ordre à deux de ses peones de demeurer à la disposition du blessé et de ses amis, puis elle prit congé des trois cavaliers, et, sans tourner la tête du côté de don Pablo, qui fixait sur elle des regards chargés de toute la douleur qui lui dévorait secrètement le cœur, elle quitta la clairière et ne tarda pas à disparaître, ainsi que son escorte, dans les profondeurs du bois.
Don Pablo suivit des yeux la jeune fille aussi longtemps qu'il la put apercevoir; il prêta l'oreille au bruit de sa course tant que le plus léger son en fut perceptible à son oreille, puis lorsque tout se fut éteint dans l'éloignement, un profond soupir souleva sa poitrine, et, d'un pas lent et automatique, il alla s'asseoir sur le quartier de roc qui, primitivement, lui avait servi de siège, laissa tomber sa tête dans ses mains et s'abîma dans ses pensées, sans plus s'occuper de ce qui se passait autour de lui, et laissant les amis de son adversaire maîtres d'agir à leur guise.
Ceux-ci étaient des Américains du Nord, froids et compassés, à la vérité, ainsi que la plupart de leurs compatriotes, mais, en somme, c'étaient de parfaits gentlemen, fort liés avec le blessé, qu'ils aimaient réellement. Ils prirent donc avec le plus grand soin toutes les précautions nécessaires pour que leur ami fût transporté le plus doucement et le plus commodément possible sur un brancard construit à la hâte par les peones.
Lorsque tout fut prêt, ils s'approchèrent de don Pablo et le saluèrent gravement.
Le jeune homme releva la tête et fixa sur eux un regard étonné; il avait déjà oublié leur présence.
—Que désirez-vous de moi, señores? leur demanda-t-il.
—Caballero, répondit l'un des trois Américains qui, jusque-là, avait porté la parole au nom de ses compagnons, avant de nous retirer, nous éprouvons le besoin de vous témoigner notre estime pour la façon dont vous vous êtes conduit dans cette malheureuse rencontre, et nos remerciements pour la généreuse initiative que vous avez voulu prendre en offrant de prodiguer vos soins à l'homme qui s'était proclamé votre mortel ennemi, et contre lequel vous avez si vaillamment combattu.
—Je vous remercie, señores, répondit tristement don Pablo; croyez que personne plus que moi ne regrette ce qui s'est passé; j'ai vainement essayé d'éviter ce duel; hélas! Dieu m'est témoin que j'eusse préféré mille fois que ce fût mon sang qui eût coulé dans ce combat; en ce moment encore si ma vie pouvait racheter celle de mon adversaire, j'en ferais avec joie le sacrifice.
Les trois Américains saluèrent cérémonieusement le jeune homme et se retirèrent lentement, accompagnés des peones qui portaient le blessé.